Chan 2016: Johnny McKinstry, un jeune surdoué à la tête du Rwanda - Afrique - RFI

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Chan 2016: Johnny McKinstry, un jeune surdoué à la tête du Rwanda

media Le sélectionneur du Rwanda, Johnny McKinstry. AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

A 30 ans seulement, Johnny McKinstry dirige l’équipe nationale du Rwanda durant le Championnat d’Afrique des nations 2016. Ce Nord-Irlandais, féru de tactique et de beau jeu, semble promis à un brillant avenir. Portrait.

De notre envoyé spécial à Kigali,

« La valeur n’attend point le nombre des années », écrivait le dramaturge Corneille. Cette idée s’applique bien à Johnny McKinstry. A 30 ans seulement, ce dernier dirige l’équipe nationale de football du Rwanda, après avoir déjà conduit celle de Sierra Leone en pleine crise Ebola.

On lui donnerait pourtant le Bon Dieu sans confession, avec son visage doux, ses tâches de rousseur, sa raie toujours bien peignée et sa cravate parfaitement ajustée pendant les matchs. Mais le Nord-Irlandais, malgré ses airs de premier communiant, a une autre religion : le football.

Un petit côté « geek » du football

Sa passion pour le ballon rond est quasiment née comme lui, à Lisburn, terre de rugby, non loin de Belfast, en 1985. Les premières années de Jonathan – son vrai prénom – sont rythmées par ses matches en club et ceux de son équipe fétiche, Newcastle, l’une des plus réputées du championnat anglais.

Malgré sa passion dévorante, le gamin arrive à la conclusion qu’il manque sans doute d’un peu de talent pour devenir professionnel. Or, devenir semi-pro dans le championnat nord-irlandais ne lui convient pas. « Ça voulait dire avoir un autre travail à côté, explique-t-il. Et moi, je voulais vivre du football à plein temps » !

Johnny McKinstry est alors naturellement attiré par le métier d’entraîneur. « Je me souviens que quand j’avais 13, 14 ou 15 ans, lorsque les entraîneurs nous parlaient de tactique, je disais : "Pourquoi on joue comme ça et pas plutôt comme ça ?" Même en tant qu’adolescent, je pensais déjà à la manière de jouer au-delà de ma simple personne ».

Féru de tactique, tel un geek du foot, il décortique tout et va même jusqu’à regarder les résumés des matches du championnat japonais. « J’adorais suivre la J-League, parce que je trouvais son niveau tactique incroyable », se souvient-il.

Direction l’Afrique

A 17 ans, Johnny McKinstry débute donc sa carrière, à un âge où certains se prennent encore pour José Mourinho grâce au jeu vidéo « Football Manager ». Il commence par s’occuper de jeunes joueurs, chez lui à Lisburn, puis en Angleterre. Entre 2006 et 2009, il coache aussi à l’université, enchaîne les brevets et formations, puis part étudier aux Etats-Unis. En parallèle, le New York Red Bulls, club de la Major League Soccer (championnat nord-américain), lui confie les 8-14 ans.

Multi-diplômé, Johnny McKinstry prend ensuite la direction d’une autre destination anglophone : le Ghana. Un pays que le Nord-Irlandais a déjà visité en 2006, lors d'un premier passage à la Right To Dream Academy, une école de football dont est notamment issu l’attaquant du FC Lorient, Majeed Waris. McKinstry avait été repéré à l’époque par Tom Vernon, recruteur pour Manchester United et créateur de la RTDA. « Je n’avais que 20 ans, raconte l’intéressé, resté six semaines sur place. Je n’étais pas encore tout à fait prêt à gérer une académie. Je n’avais pas l’expérience. Mais nous avons gardé contact ».

Johnny McKinstry revient donc, pour assurer un intérim de huit mois, en 2010. Un destin pour le moins étonnant pour celui qui était davantage attiré par le foot asiatique. « Les six semaines passées en 2006 m’ont inoculé l’amour du jeu en Afrique, s’émerveille-t-il. La passion que les jeunes joueurs affichent est incroyable. Ils sont prêts à tout donner pour réussir, à défoncer les murs sur leur chemin, à s’entraîner toute la journée, parce que le football signifie tant pour eux. C’est très rare ailleurs… ».

La Sierra Leone, Craig Bellamy et Ebola

Johnny McKinstry remonte ensuite la côte ouest et débarque en Sierra Leone. On lui offre les clés de la CBA, une académie montée par Craig Bellamy, ancien joueur vedette de Liverpool. Malgré les diverses difficultés et les ravages du virus Ebola, l’expatrié y passe plus de quatre ans, de 2010 à 2014. Il s’y fait remarquer, jusqu’à être désigné sélectionneur national.

« Je garde de grands souvenirs de mes 18 mois à la tête de la Sierra Leone, assure-t-il. Nous sommes passés, je crois, de la 86e place à la 50e au Classement Fifa, ce qui est la meilleure performance dans l’histoire de cette équipe ».

Durant les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 2015, les Leone Stars (surnom de l’équipe nationale) ont l’obligation de jouer tous leurs matches à l’étranger, à cause du virus Ebola. Malgré ce handicap, les Sierra-Léonais s’inclinent notamment de justesse 2-1 à Abidjan, face aux futurs champions d’Afrique ivoiriens. Un certain Hervé Renard est alors sur le banc de l’équipe adverse. Le Français, qui a gagné deux Coupes d’Afrique (2012 et 2015), fait figure de modèle à suivre pour le coach des Amavubi. « Ce qu’il a fait avec la Zambie notamment n’était pas loin d’être miraculeux, glisse Johnny McKinstry. C’est quelque chose sur lequel on peut s’appuyer au Rwanda, pour dire : "Regardez ce qu’on peut faire lorsqu’on est une équipe africaine de rang moyen." Parce que c’était un peu le cas de la Zambie à ce moment-là ».

Johnny McKinstry est viré en septembre 2014, malgré des prestations surprenantes avec la Sierra Leone et un soutien réel des joueurs vedettes, comme Kei Kamara. « Je connais quelques détails des coulisses de cette décision, lâche fataliste le technicien. Ce n’était pas une décision totalement footballistique. Je pense qu’il y avait un peu de politique dans cette affaire ».

Johnny McKinstry assite à un duel entre le Rwandais Michel Rusehesangoga et le Ghanéen André Ayew, en éliminatoires de la Coupe du monde 2018. Courtesy of Darren McKinstry / www.johnnymckinstry.com

Etre ultra-professionnel et toujours humain

Johnny McKinstry reste encore quelques mois en Sierra Leone, parce qu’il ne veut pas abandonner les enfants de la Craig Bellamy Foundation en pleine tempête Ebola. Après un court break, Johnny McKinstry rebondit toutefois au Rwanda, en mars 2015, où on lui fixe pour objectif la qualification pour la CAN 2017 au Gabon.

A Kigali, il applique à nouveau tout ce qu’il a appris au travers de ses diverses expériences, notamment dans le monde hyper moderne du sport nord-américain. Il fait filmer les séances d’entraînement, autant par utilité tactique que par souci de communiquer autour de l’équipe.

Johnny McKinstry compare un peu le football à un jeu d’échec entre deux coaches. Mais la tactique n’est pas tout, assure cet adepte des techniciens Kevin Keegan et Bryan Robson. « Ils n’étaient pas que des grands entraîneurs. Ils étaient de grandes personnalités, glisse-t-il. Le football, ce n’est pas juste une question de schémas sur un tableau noir, c’est aussi une affaire de relations humaines, la manière que vous avez de vous impliquer auprès de vos joueurs et de l’encadrement ».

Enfin, il veut enfin que tout le monde prenne du plaisir, surtout le public. « Le football est un divertissement, lance-t-il. Il n’y a pas de grande différence avec un film ou une pièce de théâtre ».

Encore un peu jeune… pour entraîner Newcastle

Lorsqu’on demande enfin à Johnny McKinstry si ce n’est pas bizarre, voire difficile, de diriger des joueurs qui ont son âge, voire plus, le sélectionneur du Rwanda est catégorique. « Ce n’est vraiment pas un problème, assène-t-il. Lorsque je suis arrivé au premier entraînement de la Sierra Leone, je suis sûr que des joueurs se sont dit : "Eh ! Ce mec a 27 ans ! Pourquoi est-il notre coach ?" Mais quand ils voient que vous leur offrez un travail de qualité […] et que vous leur donnez tel ou tel conseil qui marche, ils se disent : "Ah ok ! Ce type sait vraiment de quoi il parle !" »

La suite de sa carrière, Johnny McKinstry la voit comme il l’avait lancé à un conseiller d’orientation quand il avait 16 ans : « Non, je ne veux pas être pas professeur d’éducation physique ! Je veux entraîner Newcastle, l’Irlande du Nord, je veux entraîner en Ligue des champions et en Coupe du monde. » Il s’interroge modestement : « Est-ce que je m’attends à avoir un job dans un des meilleurs championnats d’ici les dix prochaines années ? Probablement pas. Il me faudra sans doute encore dix années de travail pour y arriver. […] Je suis patient. » Ça tombe bien : McKinstry a encore largement le temps.

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