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Brésil: quel avenir pour la «pacification» des favelas?

media Regain de violence dans les favelas de Rio de Janeiro, à un mois de la Coupe du monde 2014. AFP/VANDERLEI ALMEIDA

Dans très exactement un mois, le 12 juin prochain, sera donné le coup d'envoi de la Coupe du monde de football au Brésil. Les autorités ont engagé de gros moyens, notamment pour assurer la sécurité des millions de fans du monde entier qui feront le déplacement. Dans ce cadre, le gouvernement a déployé un impressionnant dispositif de forces de l'ordre dans les quartiers sensibles. Où en est la politique dite de « pacification » dans les favelas ?

A quelques semaines du début de la Coupe du monde de football, le Brésil se trouve sous les projecteurs du monde entier. Et chaque évènement, qu’il soit majeur ou non, social, économique ou politique, est scruté à la loupe par les médias internationaux, mais aussi par la presse brésilienne. Ainsi, le regain de violence, observé ces dernières semaines dans les favelas de Rio de Janeiro, a fait couler beaucoup d’encre, y compris au Brésil.

Ana Lucia vit à Mangueira, une favela à l'ouest de Rio de Janeiro. En avril, son fils a été blessé par un policier qui a tiré sur lui, alors que l’adolescent rentrait de l’école. « Vous savez comment sont les jeunes, a expliqué cette mère dans une interview donnée à TV Brasil. Ils ne restent pas en place, ils sortent. Je ne peux pas l'enfermer, mais j'ai très peur pour mon fils. J'ai peur que la prochaine fois, il se fasse tuer par un policier. Dieu merci, cette fois-ci, il n'a pris une balle que dans la jambe. Mais ça aurait pu être ailleurs. J'ai cru que j'allais le retrouver mort, par terre. Et les policiers, eux, s'en sortent toujours. Sans la moindre punition. »

Les trafiquants de drogues tentent un retour en force

Le regain de violence dans les favelas a relancé le débat sur la politique dite de « pacification » menée par le gouvernement brésilien dans les quartiers sensibles, tous situés dans des zones stratégiques pour la tenue de la Coupe du monde de football. Selon les experts, la reprise des violences s'explique par deux facteurs : premièrement, les trafiquants de drogues. Ils ont été chassés des favelas par le déploiement massif des forces de l'ordre et tentent maintenant de reprendre leur territoire en multipliant les attaques contre les policiers. Deuxièmement, le comportement violent des forces de l'ordre elles-mêmes.

 →A (RE)LIRE: Au Brésil, les narcotrafiquants menacent la police sur Facebook

Ainsi une probable bavure policière - la mort, fin avril, d’un jeune danseur de 25 ans - a enflammé la favela de Pavao-Pavaozinho qui surplombe la célèbre plage de Copacabana. Selon les habitants de ce quartier, Douglas Rafael da Silva Pereira aurait été tué par des agents des UPP, des Unités de police pacificatrice. Une enquête est en cours.

« Une police violente » : les « pacificateurs » au cœur de toutes les critiques

Ces unités de police pacificatrice sont au coeur de la contestation. Leurs membres sont recrutés au sein de la police militaire, un corps qui n'a pas bonne réputation. « C'est une police qui est souvent violente. Elle tire facilement et quand elle tire elle arrose un peu tout le monde. Il y a beaucoup de bavures, explique Stéphane Monclaire, maître de conférences à l'Université Paris I et spécialiste du Brésil. L’autre problème important, c'est l'encadrement de ces polices, une tolérance à l'égard de comportements nuisibles de la part de ses membres, de sorte qu'on a l'impression d'une certaine impunité. Les mauvais gestes de la police militaire sont insuffisamment condamnés par la hiérarchie. »

C'est une police qui est souvent violente [...]. Il y a beaucoup de bavures. La police serait mal encadrée.

Stéphane Monclaire

Maître de conférences à l'université Paris I et spécialiste du Brésil

12/05/2014 - par Stefanie Schüler Écouter

Depuis décembre 2008, trente-neuf de ces UPP ont été installées à Rio, dans des favelas stratégiques pour la Coupe du monde. Ce déploiement n’a pas eu que des effets négatifs, loin de là. Le taux d'homicides dans les quartiers concernés a chuté de 65 %, selon les statistiques de l'Institut brésilien de sécurité publique. Mais cette pacification reste fragile: d'une part parce que la violence n'a fait que se déplacer dans d'autres favelas qui n'ont pas bénéficié du même programme gouvernemental, et d'autre part, parce que les autorités tardent à mettre en place des actions sociales.

Lenteur dans la mise en place des actions sociales dans les favelas

« Les autorités nous avaient promis de nombreux projets qui accompagneraient le déploiement des UPP. Mais on n'a toujours rien », se plaint une habitante de la favela de Pavao-Pavaozinho, interrogée par la chaîne de télévision Globo. « Alors, pensez-vous que c'est une solution ça? Mettre plein de policiers dans les favelas sans vrai projet de développement ? »

 →A (RE)LIRE:Brésil : Lula célèbre la pacification d'un ancien bastion de narcotrafiquants

Pourtant les programmes sociaux existent. Mais les Brésiliens s'interrogent sur la lenteur de leur mis en place. « L'Etat intervient en essayant d'améliorer les services publics, observe de son côté Stéphane Monclaire. Les maternelles, par exemple, pour permettre aux mamans de travailler et d'apporter des salaires, ce qui rend les familles moins dépendantes des trafiquants qu'elles étaient. Les choses avancent - à mon sens trop lentement - mais avancent quand même. »

Au Brésil tout le monde en convient : sans programmes ambitieux de développement social dans les favelas, sans l'implantation massive de services publics, tels que l'accès à l’éducation, à la santé, à la salubrité et à l'emploi, la pacification des quartiers populaires de Rio de Janeiro ne sera pas durable.

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