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Six vérités sur les footballeurs « binationaux »

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Ils sont, malgré eux, au cœur du scandale des quotas de noirs et d’arabes que la Fédération française de football a évoqué selon Mediapart. Les « binationaux », ce sont ces joueurs ayant des origines africaines plus ou moins lointaines, nés et/ou formés en France et qui optent pour le pays d’origine d’un de leurs parents. Un phénomène pas nouveau mais amplifié depuis 2009 et qu’il convient de décrypter. Voici six vérités à ce sujet.

Selon Mediapart, la Fédération française de football (FFF) a évoqué la mise en place de quotas pour limiter le nombre de joueurs « arabes » et « noirs » dans les structures de formations fédérales. Une idée qui fait scandale. La FFF tente de calmer le jeu en ramenant le débat sur le terrain des joueurs binationaux, ceux qui optent, un jour, pour une sélection étrangère. Voici six vérités sur ce dossier sensible.

Ce n’est pas un phénomène nouveau…

La question du changement d’équipe nationale n’est pas nouvelle et date de 2003 comme l’illustre le cas de Frédéric Oumar Kanouté. Né en France, formé à Lyon (mais pas à Clairefontaine), mais peu reconnu dans l’hexagone, l’attaquant intègre les Aigles du Mali à l’issue d’une procédure achevée en 2004. Avec la sélection malienne et le FC Séville en Espagne, Kanouté devient un buteur très respecté qui aurait pu évoluer en équipe de France A mais n’en a jamais eu l’opportunité. Il s’est alors tourné vers une autre équipe fanion. Une procédure plus facile depuis 2009.

« Si un joueur possède plusieurs nationalités, en reçoit une nouvelle ou est autorisé à jouer pour plusieurs équipes représentatives en raison de sa nationalité, il peut, jusqu’à 21 ans révolus et qu’une seule fois, obtenir le droit de jouer en match international pour une autre association dont il a la nationalité. » (Règlement d’application des Statuts de la FIFA, chapitre VII, article 18)

mais il s’amplifie depuis 2009

En juin 2009, sur proposition de l’Algérie, la FIFA modifie en partie l’article 18 du règlement d'application des statuts relatif au changement de nationalité des joueurs. La limite d’âge, fixée à 21 ans, est supprimée. Tout joueur vierge de sélection en A peut désormais choisir son équipe nationale à n'importe quel âge. Cette réforme ouvre les vannes pour beaucoup de binationaux évoluant en France, en Belgique et, dans une moindre mesure, en Angleterre, en Allemagne et au Portugal. La France et son vivier de près de 200 joueurs africains ou ayant des origines africaine en Ligue 1 est particulièrement concernée par le phénomène. La Fédération française affirme ainsi qu’en une décennie ses pôles Espoirs - qu'elle souhaite « préserver » selon Mediapart - ont formé douze internationaux tricolores contre une vingtaine pour des sélections étrangères, majoritairement africaines.

Il concerne un nombre de pays limité…

Les pays profitant de la manne de joueurs formés en France sont toutefois peu nombreux. Il s’agit surtout de l’Algérie, du Maroc, du Mali du Sénégal et dans une moindre mesure du Cameroun, de la RD Congo, du Togo et de la Tunisie. Les autres pays européens sont rarement impliqués, en réalité. L’Algérie, en revanche, a massivement recruté des binationaux (Mourad Meghni, Karim Ziani, Madjid Bougherra, etc.) et réussi, via cette politique, à atteindre les demi-finales de la CAN 2010 et la phase finale du Mondial 2010. Le Sénégal, de son côté, s’appuie sur un nombre croissant de Franco-Sénégalais (Moussa Sow, Issiar Dia, Lamine Sané, etc) pour relever une sélection sénégalaise en crise depuis 2009.

et surtout des joueurs de second calibre

Si la politique offensive menée par quelques fédérations africaines inquiète les dirigeants du football français, elle concerne pourtant de bons joueurs mais pas les meilleurs à quelques exceptions près. Mamadou Sakho (Sénégal), Yann M’Vila (Congo), Blaise Matuidi (Angola), les espoirs majeurs de leur génération ont préféré les Bleus comme Hatem Ben Arfa (Tunisie), Karim Benzema (Algérie) ou Samir Nasri (Algérie) avant eux. Aujourd’hui, une dizaine de joueurs peut réellement donner des regrets à Laurent Blanc et à la FFF : André Ayew (Ghana), Ryad Boudebouz (Algérie), Marouane Chamakh (Maroc), Didier Drogba (Côte d’Ivoire), Frédéric Kanouté (Mali), Moussa Sow (Sénégal), etc. Et la plupart ont pris leur décision il y a plusieurs années.

8: joueurs algériens nés et formés en France étaient titulaires lors du match qualificatif pour le Mondial 2010 entre l’Algérie et l’Egypte.
20: c’est approximativement le nombre de joueurs sortis des pôles espoirs depuis dix ans et qui ont rejoint une sélection A africaine contre 12 en bleu.
200: c’est approximativement le nombre de joueurs africains de L1 évoluant avec une équipe nationale A africaine ou pouvant y prétendre.

C’est autant un choix de carrière que du cœur…

Les autres ont fait un pari qui relève autant du choix de carrière que d’une affaire sentimentale. Entre la possibilité de grappiller – un jour, peut-être – quelques sélections en équipe de France A et celle d’être une vedette en Afrique, de disputer tous les deux ans une CAN (compétition de plus en plus prestigieuse), voire une Coupe du monde, le choix est facile à faire. D’autant que les Fédérations africaines savent jouer sur les cordes sensibles pour attirer les binationaux aux carrières plus modestes : fierté des racines, rôles centrales en sélections, etc. Et elles ne manquent pas de rappeler l’exemple d’un Ibrahim Ba, attaquant de Bordeaux et du Milan AC à la carrière tricolore très éphémère, alors qu’il aurait pu briller avec les Lions de la teranga.

…qui divise aussi en Afrique

Pourtant, contrairement à une idée reçue, les binationaux n’ont pas que des partisans en Afrique. Certains remettent en cause leur légitimité, leur motivation (choix du cœur ou par dépit ?) et les conséquences de leur intégration en équipes nationales. En Algérie, la polémique a été particulièrement violente et symptomatique. Les opposants au président de la Fédération, Mohamed Raouraoua, promoteur de l’intégration massive des Franco-Algériens chez les Fennecs, ont formulé trois reproches majeurs : ces joueurs ne sont pas vraiment algériens, ils ne pratiquent pas un football technique et alerte « à l’algérienne » et leur arrivée ne règle pas le problème de la faible formation des footballeurs en Algérie. Identité, éducation, avenir professionnel : des problématiques sur la bi-nationalité qui, au fond, dépassent très largement le simple cadre du football.

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